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DE LA VILLE DE PARIS.
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voulloict faire à l'embassadcur d'Angleterre'1', par­ce qu'il estoict logé près de l'Arcenac, trouverent monseigneur le mareschal de Brissac qui y alloict, auquel lieu y estoict ja arrivé grand peuple qui es­toict pour y aller veoir.
Led. Prevost des Marchans et les Eschevins voyant lad. grange abatue et le peuple qui s'assem-bloict, et que le feu estoict encores au souffre qui estoict en lieu bas, auquel estoient encores trois hommes enfermez dedans le gravois et eu la grande fumée dud. souffre, ordonnèrent de faire apporter sceaulx pour estaindre le feu ou souffre, tant pour assayer à saulver les personnes qui estoient serrez ct comblez dedans le gravois et desmolitions,que aussi pour le souffre ct salpestre que l'on voyoict à l'œil au danger d'estre perdu, de façon qu'il fust mis grande quantité d'hommes, tant pour tirer l'eaue dedans les fossez, dont partye du parapel en la longueur de cinq ou six thoises de long fust gettée par terre dedans led. fossé qui est devant lad. grange, que aussy pour bailler les sceaulx de main à main.
Et cc pandant ce trouverent trois hommes qui furent saulvez, dont l'un fust presenté aud. sieur Prevost, qui luy dist qu'il ne sçavoict comment la fortune pouvoict estre advenue, sinon, que ainsi qu'il portoict du salpestre en bas, qu'il avoict veu du feu à des cerseaulx qui estoient en la court, et quc lors­qu'il cc print à crier au feu, veist lever le logis par le feu qui prinst incontynant aux pouldres.
Quant aux trois autres qui estoient enfermez de­dans la chambre en laquelle y avoict du souffre, ne fust possible de les saulver.
Led. sieur Prevost ce doubtant du besoing qui estoict en la Bastille, y alla, acompaigné d'aucuns
des Eschevins, où il trouva la porte rompue avecq quelque brisement du pont, et thuilles cassées des appcntilz qui sont entre deux portes ct aux appen-tilz de dedans la court, sans toutesfois offenser la grosse muraille ny aulcun dommaige à l'endroict auquel est le cabinet'2' du Roy, fors que les volletz dud. cabinet furent ouvcrtz'3';et fust lors comman­der de murer la porte de lad. Bastille, attandant que l'on feist une porte : ce qu'il fut faict tout prompte­ment pour obvyer à la querelle qui estoict entre le peuple et les gardes de la Bastille.
Au dedans des fossez de lad. Bastille y fust trans­porté l'homme de monsr l'advocat Boucherat'4', qui attendoict son maistre qui estoict dedans, lequel ser­viteur est mort peu apres.
Et lorsque led. seigneur Prevost apperceust quc lad. Bastille n'avoyt aultre dommaige, retourna à l'endroict dud. feu,ou il trouva monsr de Gonnor qui avoict visité lad. place de la Bastille; commencerent à faire oster le boys dud. astellyer, dc peur que le feu n'y prinst, et aussi pour saulver les mathieres que l'on pourroyt, tant de salpestre que du souffre, et ne fut espargner l'eaue à getter pour parvenyr à esviter plus grand fortune.
Estant aud. lieu, vinst nouvelles aud. sr de Gon­nor et aud. sr Prevost que le peuple menassoyt le recepveur general Bouland'5', pour la suspection que l'on avoict dc luy de la religion, mais tout aussi­tost y fut envoyé l'un des cappitaines de la Ville, nommé Tanchou, qui y alla avecq quelques hommes qui s'enfermèrent dedans la maison; mais pour cela le peuple ne laissoyt de s'assembler, de façon qu'il fut besoing que l'un des Eschevins y alla, qui incon­tynant feist séparer le peuple et ordonna le guet qui y fust avecq le cappitaine Tanchou et aulcuns cap-
même plus en sûreté dans le sanctuaire de la justice, et chargeait, le 3i janvier, le trésorier Grolier d«î visiter les salles et voûtes du Palais, d'en faire murer toutes les portes, uen sorte qu'inconvénient ne puisse advenir par trainnées do pouldres ou fou artifi­ciel», et d'expulser tous ceux qui avaient élu domicile sous ces voûtes. (Ibid.)
O Sir Thomas Smith, ambassadeur d'Angleterre, qui se trouvait à Paris (voir la lettre à lui adressée le i" janvier 1503 par, Catherine de Médicis, Lettres, t. I, p. 45g), pendant que Throckmorton était retenu prisonnier par les protestants.
'2' Ce passage est tronqué dans le Registre H 178/1; nous le rétablissons d'après la minute de ce récit, comprise au Registre Z 6826, fol. 5i r°.
W Catherine de Médicis, dans sa dépêche du 31 janvier, en réponse au maréchal de Montmorency qui annonçait «le désastre advenu aux pouldrcsn, lui recommandait de se mettre en peine do rechercher les causes de l'explosion et de -pourveoir au demourant que le mal qui est cn la Bastille ct au cabinet du Roy soit promptement reparé, au moins pour eviter qu'il n'y aye rien perdu n. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 49t.)
l4> Aymond Boucherat, qui occupa le poste d'avocat général du Parlement de 1557 - 1565.
'*' Le 31 janvier, lo Parlement fit conduire à la Conciergerie par l'un de ses huissiers le receveur général Boulant, en apparence pour avoir manqué à la promesse qu'il avait faite au mois de décemlire de délivrer au receveur l'Escalopier les deniers destinés au payement des gages des présiden'.s et conseillers, mais en réalité pour le soustraire à la fureur populaire. (Archives nationales, Parlement de Paris, X1* i6o4, fol. 232 v°.)